Some of my Keys

Samedi 12.




Le soir. Deu, Mariona, porta’t bé. Un baiser sur le front, le parfum de maman, la soie de sa robe, la porte se referme derrière eux. Alors discrètement, tout doucement, tu t’approches de l’armoire de leur chambre. Les robes de maman, les vestons de papa, les bagues, les chaussures, les foulards… Depuis ta hauteur lutine, tu ne rêvais que de voir le monde du haut de ses talons aiguilles.  Avoir une voiture, un boulot. Grandir. Sortir la nuit, utiliser du maquillage. Tu plonges dans la robe, le veston, les chaussures, tu enfiles les bagues à tes doigts, tu pends un des foulards à ton cou. Tu es devenue une grande personne, un adulte responsable. Qui l’aurait dit, à tes sept ans ? Le boulot arrivera avec les lunettes, la voiture aussi évidemment. Et tu auras grandi définitivement. Tu ne voulais que ça. Manger quand tu voulais, ce que tu voulais, et comme tu le voulais. Décider quand aller à l’école et quand au cinéma. Puis avec la carte bleue, puits sans fin d’argent, acheter pleins de livres et de films, des glaces et des crêpes. Pas fumer, ça sent mauvais, mais voyager, toujours, et sans que quelqu’un te guide par la main. Prendre des taxis toute seul. Aimer le vin et savoir cuisiner. Mais Papa et Maman sont arrivés. Tu t’étais endormie avec le déguisement de femme sur toi. Ils t’aident à redevenir la petite fille que tu es vraiment. Ils t’habillent avec un pyjama qui est de ta taille. Ils t’enrobent dans ton lit.  Puis tu as grandis pour de vrai. Les robes et les vestons te vont bien.  Les bagues ne tombe plus. Tu as tes propres foulards. Tu as malheureusement besoin de lunettes.  Tu te sens obliger à aller à l’école, il faut se construire un futur, après tout.  Tu es au bord de devenir ce que tu as toujours désiré. Mais l’enfant déguisée s’est accrochée à toi. Elle ne va pas partir, pas si facilement.  Elle te retient. Son rêve a changé, elle ne veut plus grandir. Elle veut juste se déguiser.

Lockers